December 10, 2019

La Préservation de l’héritage des Archives du Tribunal de Nuremberg

Par Antônio Augusto Cançado Trindade, Juge à la Cour internationale de Justice et Président de son Comité de la Bibliothèque.

         La cérémonie du 10 octobre 2019 au Mémorial de la Shoah à Paris a marqué la réalisation du projet lancé à la Cour Internationale de Justice (CIJ) – à travers son Comité de la Bibliothèque – à La Haye en 2015, en vue de parachever la préservation des archives de Nuremberg dans les meilleures conditions. Le projet, approuvé par la CIJ au mois de juillet 2017, a bénéficié du soutien du Mémorial de la Shoah (France) et du Musée de l’Holocauste (États-Unis), qui en ont été vivement remerciés lors d’une rencontre organisée au siège de la CIJ, au  Palais de la Paix, à La Haye, le 1er février 2018. 

         Le procès devant le Tribunal de Nuremberg s’est ouvert le 20 novembre 1945, quand l’Europe cherchait à se reconstruire en se fondant sur l’état de droit, consciente de la nécessité de perpétuer la mémoire de la tragédie et des horreurs de la deuxième guerre mondiale. À la fin du procès (qui comporta 403 séances, réparties sur 216 jours), le Tribunal a rendu son verdict condamnant les responsables le 1er octobre 1946, et a en outre conclu au caractère criminel du corps des chefs politiques du parti nazi, de la Gestapo, de la SS et du SD. 

         Leprocès de Nuremberg était destiné à engendrer une nouvelle ère, dans laquelle tant les gouvernements que leurs représentants seraient tenus pour responsables de leurs actes. Le procès de Nuremberg, suivi par celui de Tokyo, en est ainsi venu à représenter dans la mémoire collective les origines du droit pénal international (tel que connu aujourd’hui), contribuant du même coup à l’évolution du droit international contemporain lui-même.

         Le temps s’est écoulé, et c’est quelque cinq décennies plus tard (pendant les années 1990) que devaient naître ses épigones: tribunaux pénaux internationaux ad hoc; tribunaux «internationalisés» «hybrides» ou «mixtes»; et enfin Cour  pénale Internationale. L’un des aspects les plus importants de cette évolution réside dans l’affirmation et la reconnaissance de la personnalité et de la capacité juridiques internationales de l’être humain en tant que sujet de droit international, – une expansion  s’accompagnant d’une juridiction et d’une responsabilité internationales élargies, dans toutes leurs dimensions. 

         La consolidation des principes de Nuremberg,et la préservation et numérisation des archives de Nuremberg (dont la garde avait été confiée en 1950 à la CIJ), garantissent la préservation de la mémoire elle-même, si nécessaire au processus historique en cours d’ humanisation du droit international. La commémoration de l’heureux aboutissement de notre projet constitue une contribution importante à la cause de la primauté de la mémoire sur la cruauté humaine. Les valeurs humaines fondamentales doivent prévaloir et il est impératif de continuer à cultiver la mémoire des millions de victimes d’atrocités et de la cruauté humaine. 

Les victimes occupent à cet égard une place centrale; la reconnaissance de leur souffrance fait elle-même partie de l’accomplissement de ce noble objectif qu’est la réalisation de la justice. Le souvenir de leur souffrance montre que la tragique vulnérabilité de la condition humaine ne doit pas mener au désespoir, mais bien au contraire, nourrir l’espoir. En ce monde si dangereux dans lequel nous vivons – ou survivons – aujourd’hui, il est essentiel de continuer à cultiver la mémoire, la justice et l’espoir.

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